Jean-Claude Meyer, Deux théologiens en Révolution. L'universitaire Paul-Benoît Barthe, évêque du Gers. Le carme prédicateur Hyacinthe Sermet, évêque métropolitain du Sud, Centre Histoire et théologie, Parole et Silence, 2011, 634 págs.

Gérard Guyon


 

RESUMEN: L'étude de l'abbé Meyer occupe une place de choix dans les travaux sur le clergé constitutionnel français. Elle montre comment deux clercs, différents par leur formation théologique et leur position dans l'Église – un dominicain et un carme – se sont laissés convaincre par les thèses gallicanes (élection des clercs et des évêques par le peuple, primauté de l'autorité du concile sur celle du Pape) et l'esprit révolutionnaire de 1789. Ils sont parmi les premiers signataires les plus enthousiastes de la Constitution civile du clergé. Ils croient, en toute bonne conscience, que la nouvelle situation, faite à l'Église de France, la libèrera des pressions politiques et des contraintes économiques du système bénéficial, et qu'elle retrouvera ainsi la pureté de ses origines, faites d'un communautarisme et d'un égalitarisme parfait. Acceptant le déisme et le rationalisme dont ils favorisent la diffusion, ils deviennent des autorités écoutés dans le Sud de la France. Surtout l'un d'eux devenu évêque. Ils soutiennent jusqu'au bout l'entreprise de la Révolution et s'en font les propagandistes, tout en s'étonnant des résistances qu'ils rencontrent de la part des catholiques restés fidèles aux prêtres réfractaires et à leur foi. Même lorsqu'ils sont emprisonnés, au moment de la Terreur, ils continuent à croire aux idées de la Révolution. Curieusement, leur soumission vis-à-vis du Pape reste entière, mais il n'est à leurs yeux qu'un arbitre universel. Leur attitude, concernant le concile national dont ils sont de fidèles participants, est pleine de contradictions. Enfin, lorsque Bonaparte renoue des liens avec la Papauté et œuvre pour la paix religieuse, en obligeant tous les évêques alors en fonction à démissioner, ils se retirent. Mais jusqu'à leur mort, ils ne renieront pas leurs idées et leur foi dans les bienfaits de ce qu'ils croient être le progrès moral de la Révolution.

PALABRAS CLAVE: Clergé assermenté, Clergé constitutionnel, Clergé réfractaire. Concile national, Constitution civile du clergé, France, Gallicanisme, Papauté, Révolution française, Terreur, Théologien, Toulouse.

Déjà bien connu par ses précédents travaux dont La vie religieuse en Haute-Garonne (1789-1801), Université Toulouse-le-Mirail, 1982, l’abbé Jean Meyer nous livre une étude particulièrement intéressante sur l’activité religieuse de deux évêques constitutionnels acquis aux idéaux de la Révolution de 1789. Il s’agit d’un ouvrage particulièrement soigné, dont le préfacier, le professeur Jean de Viguerie, souligne les qualités et la remarquable contribution, non seulement à l’histoire religieuse de la France mais, plus largement, à celle des idées de la période révolutionnaire. La lecture du livre nous introduit, en effet, dans l’atmosphère si singulière de cette époque où de grands esprits, gagnés aux idées de leur temps, refuseront toujours de se rétracter, en dépit des souffrances et de l’emprisonnement qu’ils connaissent. En effet, chacun des deux prêtres : l’abbé Paul-Benoît Barthe, théologien, doyen de faculté de théologie de Toulouse et l’abbé Antoine Pascal Hyacinthe Sermet, carme déchaussé et prédicateur, incarnent l’installation de la Révolution dans l’univers religieux chrétien et ne la remettent pas en cause.
Les trois parties du livre : Dans le vent des réformes – L’aboutissement des divergences : la rupture ecclésiologique – Rétablir l’unité de l’église gallicane, permettent de couvrir un vaste domaine historique et religieux et de faire apparaître – à travers deux personnages clés du Sud-ouest – l’étendue des problèmes posés à l’Église et à la société française dans ces années cruciales. On voit les deux abbés prêter le serment constitutionnel, approuver les mesures religieuses prises par l’Assemblée constituante, et bénéficier des promotions qui portent le premier à la tête du diocèse du Gers et le second au gouvernement métropolitain du Sud de la France.
Le travail de l’abbé Meyer est étayé sur les sources des archives publiques et privées mais également sur les très nombreux discours, correspondances et sermons des deux évêques (dont celui de Sermet, en occitan, à l’occasion de la Fédération Générale, qui est intégralement reproduit dans des pièces justificatives), ainsi que sur une importante bibliographie. Ce sous-bassement permet à l’auteur de se situer dans une proximité très grande avec les acteurs de cette histoire, mettant au jour leur gallicanisme exacerbé, leur croyance – on pourrait dire leur foi – dans la Révolution.
Barthe et Sermet sont en effet intimement persuadés de la valeur morale de l’action révolutionnaire. La Constitution civile du clergé est pour eux un retour salutaire à l’Église primitive dont ils ne cessent d’exalter les vertus et qu’ils idéalisent, en particulier à propos de l’élection des pasteurs par les fidèles – ce qui est contraire aux faits historiques mais qui était alors très en vogue, notamment grâce aux travaux de l’abbé Claude Fleury sur le christianisme ancien et son âge d’or. Elle permet aussi à l’Église de France de se libérer des règles juridiques bénéficiales jugées incompatibles avec la rigueur morale qui imprègne toute la période, et parce que la nation est considérée comme le véritable peuple des fidèles et, qu’à ce titre, il est propriétaire des biens de l’Église. Sans voir en eux un jansénisme qui ne saurait être, puisque aucun des deux n’adhèrent à ses thèses, il est clair que l’histoire du christianisme est revisitée d’une manière qui ne peut que susciter d’utiles réflexions chez le lecteur qui s’intéresse aux devenir du christianisme contemporain. La doctrine du concile de Constance est la Bible des deux évêques. Ils y voient la confirmation de la nécessité de faire prévaloir l’autorité du concile œcuménique sur celle du pape. D’ailleurs, à leurs yeux, l’État est tout puissant. Il doit contrôler et même régler la discipline extérieure du clergé. Toutefois, dès le début de la Révolution, leur attitude est équivoque. Par exemple, lorsqu’elle leur fait dire que le décret d’abolition des ordres religieux ne porte pas atteinte à la religion et que toute l’œuvre de l’Assemblée est toujours respectueuse de la foi catholique, même dans sa prétention à réformer seule l’Église ; qu’elle est même présentée comme une purification nécessaire. Plus essentiel encore est la question relative aux relations étroites entre le patriotisme et le christianisme. L’abbé Meyer montre, en effet, la nature des liens qui se nouent entre la patrie et la foi et qui aboutissent à une sacralisation de la patrie. Le patriotisme se voit conférer un caractère surnaturel. Et puisque pour eux, la Révolution est l’œuvre de Dieu, Sermet n’hésite pas à mettre sur un plan plus élevé le martyr mort pour la patrie que celui qui est mort pour la foi. Les discours des deux abbés – surtout ceux du prédicateur – sont pleins du culte rendu à la patrie, aux droits de l’homme, aux droits du genre humain. Ils considèrent ces droits, pour lesquels ils s’enthousiasment, comme la réalisation des préceptes évangéliques. Une certaine forme de religion civile, chère à Rousseau, imprègne tellement leur philosophie politique qu’elle les conduit à y inclure totalement le christianisme qui apparaît comme le réservoir des idéaux républicains et le fondement des vertus civiques. Cette confusion les conduit toujours à hésiter lorsqu’il s’agit de juger sévèrement la Révolution. Même lorsqu’ils en sont les victimes sous la Terreur, leur croyance dans le progrès et le salut qu’il apporte à la nation chrétienne est intacte. Ils sont seulement parfois découragés et connaissent des défaillances lors de leur emprisonnement. Elles conduisent Barthe à demander un congé provisoire pour se marier – ce qui est considéré alors pour les prêtres comme un brevet civique. Sermet doit abdiquer son titre d’évêque-curé. On est donc loin de pouvoir faire d’eux des martyrs pour la foi. Ce qui offre un contraste saisissant avec l’attitude générale des prêtres réfractaires qui n’ont pas hésités à donner leur vie plutôt que de trahir leur choix. Leur attitude envers le pape est singulière. Pendant toute cette époque, ils ne cessent de le voir comme le chef de l’Église universelle. Mais c’est comme une sorte de surveillant général dont il importe d’obtenir qu’il accepte la Révolution. Néanmoins, il est l’arbitre nécessaire et son intervention – son acquiescement à l’Église constitutionnelle – est jugée indispensable pour mettre fin au schisme qui déchire l’Église de France. Cette conception arbitrale de l’autorité pontificale verra le jour, on le sait, lorsque Bonaparte et Pie VII s’accorderont pour demander à la totalité des évêques (réfractaires et constitutionnels) de démissionner pour construire un nouvel épiscopat.
Si on l’analyse plus globalement, l’étude de l’abbé Meyer est exceptionnellement riche. Elle n’hésite pas à montrer qu’on est en présence d’une ecclésiologie nouvelle qui reçoit des idéaux révolutionnaires un appui, qui lui confère une modernité dont l’histoire ne parviendra pas vraiment à se défaire, et dont on trouve des traces dans le concile Vatican II. Parmi les questions posées, il faut souligner celles de l’engagement civique des clercs, la nature du rapport entre chrétienté et citoyenneté, les conséquences de la confusion du culte public et du culte religieux (culte solennel célébré au nom de la société civile), le poids historique d’un gallicanisme épiscopal autoritaire, évalué certes dans la région toulousaine que l’on peut pourtant qualifier également de janséniste, la primauté d’une définition sociopolitique de la « congregatio fidelium » sur la définition théologale classique. Elle-même renforcée par l’idée que la puissance civile instaurée par le peuple – qui est son vrai et proche instituant –, car c’est Dieu qui approuve cette médiation. La transformation de l’adhésion à la foi qui se voit réduite à une option de la conscience personnelle. Cela dit, l’abbé Meyer écrit aussi en historien du diocèse. Il met parfaitement en évidence les difficultés de l’installation de l’église locale dans le schisme. Il montre les obstacles que rencontrent les deux thuriféraires de la Révolution pour en convaincre leurs ouailles et leurs imposer des curés assermentés. Il trace les limites de l’obéissance absolue aux lois séculières auxquelles sont confrontés Barthe et Sermet, mêmes lorsqu’elles sont portées au crédit des « fanatiques ultramontains ». Il en donne des exemples frappants comme les lois sur le divorce, tout comme le mariage des prêtres. Il creuse à l’intérieur des consciences les raisons de l’impossible accord entre la foi et la Révolution. Il prend appui aussi sur la vague de déchristianisation qui atteint le clergé constitutionnel dans le Gers et la Haute-Garonne dont le théologien et le carme prédicateur sont les témoins impuissants.
L’histoire de l’action des « deux théologiens en Révolution » se clôt à partir des années 1794 jusqu’en 1797. Comme dans toute la France, l’église locale constitutionnelle recouvre une partie de sa liberté religieuse. Ce qui justifie pour Barthe et de Sermet un renforcement de leur adhésion à l’idéologie révolutionnaire – les mandements enflammés de Sermet le montrent. Ils sont de fermes partisans de la collégialité, installent des synodes ruraux, affirment leur volonté de mettre fin à la structure hiérarchique de l’Église en rapprochant le statut des curés de celui des évêques. Le doute ne les effleure pas. Il s’agit pour eux de participer à la restauration de l’unité d’une nouvelle Église dont le premier concile gallican de Paris de 1797 édicterait les règles. Elles s’imposeraient aux clercs réfractaires qu’il s’agit de faire rentrer au sein de l’Église en se targuant d’une pseudo-adhésion pontificale. On sait que le concile fut brusquement interrompu le 15 août à la suite de l’accord conclu entre Pie VII et le Premier consul, et que la démission de tous les évêques en fut la conséquence. Elle atteignit Barthe et Sermet qui finirent leur vie d’une manière modeste : le premier devint professeur de grammaire à l’École Centrale du Gers, Sermet fut un humble pasteur à Versailles puis à Paris dans l’entourage de ses anciens collègues.
L’abbé Meyer s’est servi de leur destin particulier, dans les temps profondément troublés de la Révolution, pour mettre en lumière les conséquences d’un gallicanisme ecclésiastique et politique devenu la loi religieuse de l’État. Il a montré la complexité de l’adhésion d’une partie du clergé aux idéaux des Lumières et plus encore aux lois de la République, l’ambigüité de leur vie publique comme privée, les tensions inévitables entre leur foi et leur engagement politique, les ruptures tragiques, ainsi que les voies sans issues que l’Église de France était amenée à prendre et qu’elle refusera finalement. Pour l’auteur, la réaction ultramontaine qui suivra doit être examinée en tenant compte de ces héritages, tout comme s’explique la renaissance du prestige pontifical dans l’ecclésiologie du XIXe et du XXe siècle. [Recibido el 9 de enero de 2012].


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